Je ne suis pas différent des autres, lorsque j'assiste à un événement, je ne peux m'empêcher de le relier à d'autres qui m'ont touché. Quoiqu'on dise ou quoiqu'on fasse nous restons toujours notre propre centre de références.
Ce ne sont pas les années qui nous vieillissent ou nous mûrissent, c'est au nombre d'adieux que nous vivons que nous prenons de l'âge, chaque départ, chaque déchirure nous entraîne toujours un peu plus loin sur la route de la vie (Grands Dieux, comme c'est bien dit !)
Alors depuis hier, lentement s'est déroulé la liste des adieux qui ont parsemé ma vie. Revivre un instant, un sourire, une image, une main qui se serre devant l'intolérable.
Revivre les départs attendus, souhaités, parce qu'il est temps, parce que la vie l'exige, départs qui se font dans la lenteur des draps froissés, départ qu'on a appris à apprivoiser...
Revivre les départs qui soulagent, parce que la force n'est plus là, parce que la bataille était trop rude et souvent perdue d'avance, départs qui laissent un goût d'impuissance, une amertume qui colle à la peau...
Revivre les départs qui surprennent, qu'on n'a pas su ou pas voulu voir venir, départs qui détruisent, pleins de 'pourquoi' et de 'et si...', départs qui nous écrasent en nous laissant comme une odeur de coupable, une larme trop lourde au bord des yeux...
Revivre les départs de celui qui choisit, sans hasards ni attentes, parce que le chemin est devenu autre et que la fatigue trop chargée d'images à oublier, départ que seul celui qui part peut justifier ou accepter...
En un nouveau pas vers demain, une nouvelle pierre qu'il ne reste plus qu'à enrober de douceur pour pouvoir continuer... Alors même si les mots ne servent à rien, même si les regards ne regardent plus rien, un peu de tendresse pour accompagner, simplement...
Image : Marc Monkowicki